Appellation : Premières Côtes de Bordeaux

Le long de la rive droite de la Garonne, dans la région de l’Entre-Deux-Mers, l’appellation Premières côtes de Bordeaux perpétue une tradition de production de vins blancs dans cette zone du vignoble bordelais.

Préalablement associée aux deux couleurs, vins rouges comme vins blancs, l’appellation a vu les vins rouges faire « dissidence » en 2008 et obtenir leur propre appellation, connue sous le nom de Cadillac côtes de Bordeaux.

Une clarification qui a le mérite de mettre en exergue la spécialité de vins moelleux, les liquoreux étant plus largement produits un peu plus au sud.

L’histoire d’une appellation prisée des « bourgeois » bordelais

C’est tout naturellement que les Romains développèrent la vigne sur cette bande de terre qui s’étend de la sortie de Bordeaux à 60 kilomètres plus bas et ses coteaux qui dominent fièrement la Garonne.

Et c’est avec le même naturel que les Anglais sont tombés amoureux des vins qui y étaient produits et que la Garonne, encore elle, permettait de transporter aisément jusqu’à l’océan avant de partir pour la perfide Albion.

Et comme le secret de la qualité de ces vins a vite été éventé, dès le XVIIIème siècle, les exportations sont devenues de plus en plus lointaines, les Amériques suivant le mouvement.

Les bourgeois bordelais n’étaient pas en reste et, conscients à la fois de la beauté de la région et de son potentiel, c’est également à cette époque qu’ils s’y installent en masse et bâtissent des demeures connues sous le nom de folies.

En 1937, l’appellation Premières côtes de Bordeaux devient une AOC et ses dispositions prévoient la production de vins blancs moelleux et de vins rouges.

Mais, comme déjà mentionné, ces dispositions sont revues en 2008, l’appellation devenant l’apanage de la seule production de vins blancs moelleux.

Un vignoble en plateaux au riche sous-sol

L’aire d’appellation des Premières côtes de Bordeaux démarre dès la sortie de Bordeaux au sud et s’étend en une fine langue de terre, dont la largeur n’excède pas les 5 kilomètres, jusque 60 kilomètres plus bas, à Saint-Maixant.

Elle traverse le territoire de 39 communes, parmi lesquelles on peut citer Cenon, Floirac ou encore Sainte-Eulalie, et fait face aux vignobles de Barsac et Sauternes, qui sont eux situés sur la rive gauche de la Garonne et lui font parfois un peu d’ombre en termes de notoriété.

L’appellation offre néanmoins un paysage viticole spectaculaire, avec un vignoble en pente exposé au sud-ouest, sur un plateau à 120 mètres au-dessus de la Garonne.

Un plateau essentiellement calcaire, avec tantôt des sols bruns, tantôt des sols argilo-calcaires, des boulbènes très fertiles et un sous-sol parfaitement drainé grâce à la présence de l’eau.

Le climat océanique tempéré avec une douceur tout au long de l’année, est en outre parfaitement adapté, encore une fois grâce à la présence de la Garonne, à la production de vins moelleux car très favorable au développement de brumes nocturnes et matinales en automne et, par conséquent, à l’apparition du botrytis.

L’aire d’appellation dédiée aux blancs moelleux représente 200 hectares. Les vins sont produits à partir des cépages blancs typiques de la région, sauvignon, sémillon et muscadelle, le sémillon étant majoritaire, comme souvent lorsqu’il est question de vins moelleux.

Les rendements autorisés par l’AOC sont de l’ordre de 45 hectolitres à l’hectare au maximum pour assurer une bonne concentration en sucres des baies de raisins.

Vinification, caractère et accords en cuisine

Les raisins, souvent issus pour 75% du sémillon, sont récoltés à bonne maturité, comme le veut le cahier des charges, ce qui sous-entend, dans le cas de vins moelleux, en surmaturité avec un taux de sucres résiduels qui doit être au minimum de 221 grammes par litre de mout.

La vinification répond aux exigences classiques, avec une pratique de plus en plus répandue de macération pelliculaire pour enrichir les arômes, un pressage lent et doux, les jus étant plus épais que ceux des vins blancs secs, fermentation alcoolique puis élevage sans fermentation malolactique.

Un élevage qui doit obligatoirement durer au minimum jusqu’au 15 janvier de l’année suivant la vendange.

Dans les faits, il peut s’avérer plus long. Si les Premières côtes de Bordeaux n’atteignent pas la complexité des vins du sauternais, ils restent une porte d’entrée idéale dans l’univers des vins blancs moelleux.

Leur robe est jaune or, le nez révèle des notes florales qui évoquent le tilleul et l’acacia, la vanille quand l’élevage a été effectué en barriques.

En bouche, les mêmes arômes s’expriment avec une belle longueur, sans sucrosité excessive. Foie gras, fromages à pâte persillée comme le roquefort, desserts à base de fruits exotiques sont idéals pour s’accorder avec eux.