Appellation : Alsace Chasselas ou Gutedel

Si on vous parle du chasselas, vous vous souviendrez peut-être en avoir mangé mais pas en avoir bu.

En effet, le chasselas, qu’on appelle gutedel en Alsacien, est un type de raisin qui a la particularité d’être cultivé pour être consommé comme raisin de table et pas seulement pour être vinifié.

En outre, le chasselas, dans sa version viticole, est souvent assemblé à un autre cépage, au point que l’appellation Alsace Chasselas ne se rencontre plus que très rarement. Mais, comme toute appellation rare, elle mérite qu’on parte à sa découverte.

Le mystère des origines

A la question qui consiste à savoir d’où vient le chasselas, personne n’est en mesure de répondre avec certitude. Plusieurs théories existent mais un certain consensus se dégage en faveur de la version de l’ampélographe Pierre Galet, qui situe son origine en Suisse, et plus précisément dans le canton de Vaud.

Il est présent en Alsace au moins depuis le XVIIème siècle. En revanche, impossible de définir sa parentalité et, si le chasselas, par croisement, a donné naissance à d’autres cépages, ceux dont il est issu sont aujourd’hui disparus. Il existe en vérité deux types de chasselas, chasselas blanc et chasselas rose, tous deux appelés gutedel en Alsacien et qui entrent indistinctement dans l’élaboration du vin.

Jusqu’au début des années 1970, le chasselas occupait une part importante du vignoble Alsacien avec environ 20% de la surface plantée. Petit à petit, cette part a toutefois reflué pour, aujourd’hui, représenter quelque 0,6% avec 97 hectares.

Ce déclin s’explique par le fait que le chasselas, beaucoup moins aromatique que les grands cépages Alsaciens, riesling et gewurztraminer en tête, ne peut prétendre au titre de cépage noble.

Par ailleurs, c’est un cépage dit de « première époque », très précoce, qui débourre dès la fin mars, et qui donne donc exclusivement des vins blancs secs et légers. L’appellation Alsace chasselas a été créée par décret du 2 octobre 1962, complété par celui du 30 juin 1971.

Une vaste zone de production

Quand on évoque l’aire de production de l’appellation Alsace chasselas, on ne définit pas une zone précise du vignoble Alsacien.

En effet, le chasselas se cultive sur tout l’ensemble du vignoble, du nord au sud, ou, si on veut être plus précis, de Wissembourg, à la frontière allemande, à Thann, 180 kilomètres plus au sud.

119 communes, dont on ne vous dressera bien sûr pas la liste, peuvent produire l’appellation Alsace chasselas, ce qui signifie qu’il n’existe pas non plus une typicité de sol spécifiquement associée à l’expression de ce cépage.

Tour à tour, le chasselas sera planté sur des sols à dominante calcaire, de silex, de schistes, de gneiss ou de grès. La plaine d’Alsace est néanmoins considérée comme la zone où le chasselas s’exprime le mieux, sur des sols composés d’une épaisse couche d’alluvions déposés par le Rhin.

C’est une zone beaucoup plus fertile que les côteaux. Et, si la tendance est à assembler ce cépage avec d’autres, notamment le sylvaner, certains producteurs, soucieux de préserver le patrimoine Alsacien, tiennent à produire des vins issus à 100% du chasselas, l’appellation pouvant d’ailleurs être complétée par un nom de lieu-dit.

A ce titre, le cahier des charges de l’appellation prévoit qu’un vin portant uniquement l’appellation Alsace chasselas soit d’une teneur maximale en sucres de 151g/litre et de 168g/litre quand l’appellation est complétée par un nom de lieu-dit.

Vinification, caractère et gastronomie

La vinification du chasselas est classique : pressage, débourbage, fermentation alcoolique effectuée sous l’action de levures indigènes. L’élevage peut se faire en cuves, en barriques ou en foudres de bois de chêne.

La mise en bouteilles se fait généralement après six mois seulement de vieillissement, le chasselas étant avant tout un vin léger et désaltérant. Il présente une robe claire, un faible taux d’alcool, qui oscille généralement entre 10 et 12,5% et, au nez, révèle des notes de fruits à chair jaune et de fruits secs.

En bouche, c’est la fraîcheur qui domine, c’est un vin gouleyant avec des arômes discrets qui évoquent le tilleul et de fines touches florales. Le chasselas n’est pas un vin de garde et se déguste dans les deux à trois ans qui suivent sa mise en bouteilles.

Le côté discret et léger de l’Alsace chasselas en fait un vin facile à associer à nombre de mets simples, la cuisine sophistiquée n’étant pas son apanage. Il s’associera volontiers à une fondue savoyarde. Sur les entrées, il sera à son aise avec des asperges vertes ou blanches.

Sur un plat principal, prévoyez un boudin blanc ou un poisson en sauce. Pour le dessert, il se mariera très bien à une tarte tatin. L’Alsace chasselas a beau être une appellation en perte de vitesse, elle saura ravir les amateurs qui aiment dénicher les pépites.