Appellation : Alsace Grand cru

En France, chaque vignoble a une classification qui lui est propre. Le Bordelais a choisi de mettre en avant les grandes propriétés qui ont assis sa réputation internationale quand la Bourgogne valorise le terroir à travers ses fameux « climats », entre autres exemples.

En Alsace, la classification a d’abord distingué la grande variété des cépages. Pourtant, depuis ses origines, la notion de terroir a aussi été prépondérante. Mais, en Alsace, l’histoire est plus compliquée qu’ailleurs, et ce n’est que récemment que l’appellation Alsace Grand cru a vu le jour.

Retour sur la genèse d’une appellation derrière laquelle se cache le nec plus ultra des vins d’Alsace.

Alsace Grand cru, histoire d’un retour aux origines

 

Dès le haut-moyen-âge, des noms de lieux-dits sur lesquels sont plantées des vignes qui produisent des vins de qualité sont mentionnés, tels le « Vorbourg », le lieu-dit « Engelberg » ou encore le « Hengst ». Si cette spécificité ne va pas disparaître, le XXème siècle va la contrarier.

Dans les années 1930, période à laquelle sont créées les A.O.C, l’Alsace, redevenue française depuis 1919, est toutefois encore régie par le droit allemand, raison pour laquelle il faudra attendre 1962 pour que l’appellation Alsace soit créée.

Entre temps, après 1945, la volonté d’aller vers davantage de qualité pousse en avant la plantation des cépages nobles que sont le riesling, le gewurztraminer, le pinot gris et le muscat, pour les distinguer des cépages productifs (sylvaner, chasselas…).

Les décrets de 1962 et 1971 entérinent cette évolution. Tout naturellement, cette progression vers la qualité fait réapparaître l’importance de la variété des sols, les cépages nobles, en plus d’avoir des qualités aromatiques importantes, étant de véritables éponges à terroir. En 1975, cet « appel du terroir » trouve un écho avec un décret créant l’appellation Alsace Grand cru.

Le lieu-dit « Schlossberg » à Kientzheim dans le Haut-Rhin, est le premier classé. D’autres suivent rapidement, et le décret du 23 novembre 1983 ajoute 24 lieux-dits à l’appellation. En 1992, nouveau décret qui classe 25 lieux-dits. Enfin, en 2007, le lieu-dit « Kaefferkopf » rejoint le club.

On peut parler de retour aux sources dans la mesure où la grande majorité des lieux-dits classés a été, entre l’an mil et la Renaissance, propriété ou fief du clergé ou de la noblesse. Les documents anciens officiels attestant de leur existence ont servi de base à leur délimitation précise avant classement en grand cru.

Géographie et cahier des charges

L’appellation Alsace Grand cru compte aujourd’hui 51 lieux-dits, répartis sur les départements du bas-rhin et du haut-rhin, sur 47 communes. Leur superficie s’étend entre 3,23 hectares (lieu-dit « Kanzlerberg » à Bergheim) et 80,28 hectares (lieu-dit « Schlossberg » à Bergheim) pour une étendue totale de 850 hectares.

Ces lieux-dits, du nord au sud, sont situés en coteaux, à une altitude variant entre 200 et 430 mètres, et bénéficient d’une belle exposition en orientation sud, sud-est. Les sols sont composés de granite, gneiss, schistes et marnes calcaires.

Le propre de l’appellation étant de distinguer un vin qui exprimera au mieux la rencontre entre un cépage et un terroir, on ne peut pas généraliser le caractère de l’appellation.

En parlant de cépages, précisons que le muscat, en appellation Alsace Grand Cru, se retrouve uniquement sur le lieu-dit « Zotzenberg » à Mittelbergheim, double exception puisque c’est aussi le seul lieu-dit en grand cru où est admis le sylvaner, exception obtenue en 2005 après une longue lutte.

Le cahier des charges se montre plus exigeant que celui de l’appellation Alsace pour répondre à la nécessité d’exprimer au mieux la relation avec le terroir. Les rendements autorisés y sont de 55 hectolitres à l’hectare depuis 2001 et s’établissent en réalité à 50 hectolitres à l’hectare.

La vendange se fait exclusivement à la main sur des vignes âgées au minimum de 2 ans.

La vinification est minutieuse, les élevages souvent plus longs que pour l’appellation Alsace (10 à 15 mois) et effectués en barriques ou foudres. Comme pour les vins de l’appellation Alsace, les Alsace Grand cru peuvent se décliner en « vendanges tardives » ou « sélection de grains nobles », vins en teneur en sucres supérieure qualifiés de moelleux.

Des vins qui s’invitent aux meilleures tables

Pour décrire au mieux l’appellation Alsace grand cru, il faudrait passer au crible les 51 lieux-dits et ce qu’en révèlent les cépages qui y sont plantés. Les rieslings offrent toujours ampleur aromatique et belle minéralité, les gewurztraminer offrent un fruité intense, les pinots gris étoffe et opulence.

Sur le « Zotzenberg », le muscat et le sylvaner révèlent une finesse et un corps inégalés. Les Alsace Grand Cru sont des vins au grand potentiel de garde (de 10 à 25 ans en moyenne), et sont naturellement associés au meilleur de la gastronomie alsacienne : foies gras poêlés, coq au riesling, choucroute de poissons.

Des vins de grandes occasions, vous l’avez compris.