Appellation : Alsace Klevener de Heiligenstein

Quand on évoque le vignoble alsacien, on pense immédiatement aux grands cépages nobles tels le riesling ou le gewurztraminer qui font la réputation de ses vins blancs, secs ou moelleux, aux arômes riches et complexes inimitables.

Le Klevener de Heiligenstein, s’il jouit d’une notoriété bien moindre, produit toutefois des vins que tout amateur avide de découvertes se doit de déguster et d’avoir dans sa cave.

Coup de projecteur sur une appellation qui mérite à être connue.

Un peu d’histoire

Le Klevener de Heiligenstein, nom alsacien qui désigne un cépage qu’on appelle aussi le savagnin rose, est un parent du Traminer. Il est présent en Alsace depuis le XVIème siècle et s’est retrouvé, en 1742, au centre d’un fameux procès opposant le village d’Heiligenstein, par l’intermédiaire de son bourgmestre de l’époque, Ehrhard Wantz, et ses trois villages voisins pour savoir à qui appartenait le lieu-dit Auboden.

Heiligenstein ayant remporté ce procès, le village a été autorisé à planter du Klevener sur ce lieu-dit et, en 1753, la mesure sera doublée par une extension du vignoble, ce qui a ensuite permis au village de payer sa dîme en Klevener.

Mais, au XIXème siècle, le gewurztraminer, considéré comme beaucoup plus aromatique, remplace le Traminer et la crise du phylloxéra, qui ravage les vignobles, fait pratiquement disparaître le Klevener.

Au début des années 1970, époque à laquelle sont définies les dénominations de cépages de l’appellation Alsace, on estime qu’il restait à peine trois hectares de savagnin rose en production.

L’appellation Alsace Klevener de Heiligenstein est introduite à titre permanent par le décret du 30 juin 1971, complété par celui du 4 février 1997 qui définit son aire de production.

Géographie et géologie du Klevener de Heiligenstein

Le Klevener de Heiligenstein est produit autour du village de Heiligenstein, situé dans le département du Bas-Rhin, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Strasbourg.

L’aire de production couvre aujourd’hui à peu près 42 hectares, ce qui représente environ 0,3% de la surface plantée en Alsace, et s’étend sur les communes de Bourgheim, Gertwiller, Goxwiller, Heiligenstein et Obernai.

Cultivé en coteaux, à une altitude variant entre 170 et 350 mètres, il est planté sur des sols relativement pauvres, souvent siliceux en surface, parsemés de galets de silex ou de grès, dans une matrice argilo-limoneuse.

Ces sols, à la richesse limitée et assez secs, limitent naturellement le rendement du cépage. Le maximum autorisé pour celui-ci est habituellement autour de 80 hectolitres/hectare, sans plafond limite mais, dans la réalité, le rendement moyen tourne généralement aux alentours de 68 hectolitres à l’hectare. Le Klevener de Heiligenstein est toujours produit en monocépage.

Vinification, élevage et caractéristiques du klevener-de-heiligenstein

Après vendange, le Klevener de Heiligenstein est pressé et foulé. Le débourbage se fait en cuves avant la fermentation alcoolique, exclusivement sous l’effet de levures indigènes, ou alors sans levurage.

Le vieillissement s’effectue en fûts de chêne ou en foudres pour une durée d’environ dix mois avant mise en bouteilles dans la fameuse flûte alsacienne. A l’œil, le Klevenener de Heiligenstein présente une belle robe jaune délicatement dorée, plus soutenue avec le temps.

Au nez, même s’il exhale des arômes moins intenses que le gewurztraminer, il révèle un bouquet où se distinguent les fruits jaunes, notamment le coing et la pêche, les fruits exotiques, ainsi que des fruits secs (amandes, raisins secs ou noisettes), en compagnie de notes minérales et florales.

En bouche, ce qui ne manque pas de séduire tout bon connaisseur est son bel équilibre entre puissance et rondeur. L’acidité est bien présente mais agréable et laisse s’exprimer des notes de fleurs blanches et d’épices.

C’est généralement un vin blanc sec mais certains viticulteurs choisissent de le vendanger plus tardivement. Il a alors une teneur en sucres résiduels plus importante et développe un caractère un peu plus moelleux. Le Klevener de Heiligenstein montre en outre une bonne aptitude au vieillissement et son bouquet ne fait que se bonifier au fil du temps.

Le vin et la gastronomie

Ces caractéristiques en font un vin qui accompagnera nombre de mets et qui peut se déguster à toutes les étapes d’un repas. En apéritif, il s’accordera à merveille avec amuse-bouches et feuilletés.

Ce sera également un compagnon idéal pour les volailles, mais aussi les poissons en sauce, les terrines et foies gras, les fameuses tartes flambées si chères aux Alsaciens. Au dessert, il fera briller les tartes aux fruits, plus encore s’il s’agit d’un millésime qui a déjà quelques années derrière lui.

Cette facilité à l’accorder à la gastronomie est un des grands points forts du Klevener, qui garde en outre toujours sa fraîcheur et sa minéralité subtile. Vin qui, sans l’obstination de quelques vignerons aurait pu disparaître corps et bien, le Klevener de Heiligenstein est fondamentalement attaché à son terroir, niché sous les pentes du mont Sainte Odile, et ne se livre qu’à ceux qui viennent à lui.