Appellation : Alsace Pinot noir

Une touche de rouge sur une toile blanche. C’est ainsi qu’on pourrait qualifier l’appellation Alsace Pinot noir, la seule du vignoble à produire des vins rouges, ce qui n’a pas manqué d’alimenter les critiques.

D’autant plus que cultiver le pinot noir n’est pas neutre. Car le pinot noir est le cépage emblématique des vins rouges de Bourgogne, pour lesquels les amateurs de bouteilles d’exception du monde entier sont prêts à se damner.

Et si comparaison n’est pas raison, il est dans la réalité difficile d’y échapper. Il serait pourtant dommage de considérer l’Alsace Pinot noir comme un vin rouge de second ordre.

Parallèlement, le pinot noir sert aussi à l’élaboration de vins rosés.

Déclin et retour en grâce

Le pinot noir trouve ses origines en Bourgogne mais il est présent sur le vignoble alsacien depuis le moyen-âge.

A cette époque, il est utilisé dans la production de vins rouges à côté d’autres cépages qui vont tous disparaître pour laisser la place à des cépages blancs.

Le pinot noir résiste mais connaît cependant un fort déclin et, au XXème siècle, seules quelques localités produisent encore des vins rouges, notamment Ottrott, Rodern et Marlenheim.

Toutefois, dans les années 1990, la surface plantée en pinot noir progresse de nouveau, quoique modestement, pour s’établir dans les années 2010 à environ 1510 hectares soit 10% de la surface du vignoble.

Apprentissage du terroir et des rendements

En théorie, le pinot noir peut être produit sur l’ensemble du vignoble du nord au sud et ses 119 communes.

Cependant, sa production, en dépit de l’expansion modeste des années 1990, se concentre toujours autour des communes déjà citées, et également autour de Rouffach.

On peut le retrouver dans la plaine d’Alsace, où le pinot noir exprimera sa nature précoce mais où il sera plus exposé aux gels de printemps, qu’il redoute par-dessus tout.

C’est un cépage également sensible aux malades cryptogamiques (mildiou, oïdium). Mais c’est quand il se retrouve en coteaux, sur des sols secs, à dominante calcaire ou argilo-calcaire qu’il donne le meilleur de lui-même. Une meilleure compréhension de ces exigences est à l’origine de son renouveau.

L’appellation Alsace Pinot noir a été créée par le décret du 3 octobre 1962, complété par celui du 30 juin 1971. Les rendements autorisés sont de 75 hectolitres à l’hectare pour la production de vins rosés et de 60 hectolitres à l’hectare pour la production de vins rouges.

Ces rendements sont inférieurs à ceux autorisés pour les autres cépages du vignoble, et leur maîtrise entre pour une bonne part dans la qualité des vins produits.

Un caractère lié à l’attention qu’on lui porte, un bon compagnon pour les gastronomes

Le pinot noir est décrit comme un cépage à la fois gratifiant et impitoyable. Gratifiant car, s’il est planté sur un sol qu’il apprécie, reçoit un bon ensoleillement, beaucoup de soin et qu’on maîtrise ses rendements, souvent en-dessous des 50 hectolitres à l’hectare, il peut donner vie à des vins rouges d’une élégance inégalable.

En revanche, s’il est trop exposé aux maladies, insuffisamment suivi tout au cours de son cycle végétatif et qu’on le laisse produire, les vins à l’arrivée seront souvent très quelconques.

On trouve là la clé de la réputation moyenne de l’Alsace Pinot noir pendant de longues décennies, réputation qui tend à s’améliorer, les viticulteurs ayant adapté leurs pratiques à ce cépage unique en son genre.

Les exigences sont moindres pour les vins rosés, dont l’élaboration est très simple : après vendange, les raisins macèrent quelques heures, le temps que les mouts se colorent (le pinot noir étant un cépage à chair blanche, seule sa peau contient les anthocyanes).

La vinification est ensuite similaire à celle d’un vin blanc, l’élevage se fait en cuves et donne un vin à robe rose clair, aux notes de fruits rouges, à consommer rapidement.

L’élaboration des vins rouges est différente. La macération est plus longue et dure tout le temps de la fermentation alcoolique.

Le pressurage se fait seulement après et précède la fermentation malolactique, qu’on va laisser faire pour donner davantage de rondeur au vin.

L’élevage se fait en foudres ou fûts de chêne pour une période allant de 9 à 12 mois. Les meilleurs Alsace Pinot noir présentent une robe grenat soutenu. Au nez, ce sont les petits fruits rouges, cassis et framboise, qui dominent.

En bouche, si la macération a été bien menée, une délicate structure tannique s’exprime et vient étayer la gamme des arômes présentes au nez avec une excellente persistance. Le pinot noir peut présenter une belle aptitude au vieillissement et, au fil du temps, évoluer vers de délicats arômes de sous-bois.

Les gastronomes l’accorderont aux grillades, à une palette de porc fumée, au baeckeoff, ou le réserveront pour le fromage, notamment un comté, un brie ou un gruyère.