Appellation : Crémant d’Alsace

Les vins pétillants font pleinement partie de la culture alsacienne. Derrière l’indétrônable champagne, le crémant d’Alsace est le second vin pétillant le plus consommé en France.

L’appellation crémant d’Alsace complète une gamme prestigieuse, ce qui est logique tant l’histoire entre vins pétillants et Alsace est longue.

Un coup de projecteur sur cette appellation est l’occasion de la rappeler.

L’Alsace et les vins pétillants, petite et grande histoire

Quand on parle vins pétillants, on pense bien sûr inévitablement au champagne. Parmi les pionniers du champagne, il y a de nombreux producteurs allemands, dont les noms se retrouvent parmi ceux de prestigieuses maisons champenoises.

Or, l’Alsace, jusqu’à la fin du second conflit mondial, a été tantôt française tantôt allemande, au gré des guerres qui ont émaillé l’histoire des deux pays. Au début du XXème siècle, l’Alsace était allemande, et de nombreuses maisons champenoises étaient venues s’y installer pour élaborer des mousseux, pour des raisons douanières.

A cette époque, les méthodes étaient diverses. Julien Dopff fut le premier viticulteur alsacien à élaborer un vin mousseux selon la méthode champenoise. Vin qu’il commercialisa sous le nom « champagne Dopff ».

Après 1918, l’Alsace redevient française et doit se conformer à la règle selon laquelle on ne peut appeler champagne un vin qui n’est pas produit dans la région champenoise. Pierre Hussherr, qui a longtemps dirigé une célèbre coopérative alsacienne, récupère alors le terme « crémant », qui désigne un vin mousseux, et qui n’était plus utilisé en Champagne.

Enfin, en 1976, un décret entérine l’appellation Crémant d’Alsace.

La géographie et les cépages

On dénombre environ 500 viticulteurs et maisons qui produisent du crémant d’Alsace. L’appellation est produite sur quasiment toutes les communes, du nord au sud. Le plus gros de la production se concentre toutefois sur les communes de Barr, Bennwhir, Eguisheim, Ingersheim, Riquewhir, Wintzenheim et Katzenthal.

La particularité de l’appellation est la grande variété des cépages qui entrent dans son élaboration, sachant que le crémant d’Alsace peut être issu d’un seul cépage, en quel cas le cépage concerné figure sur l’étiquette, ou alors d’un assemblage.

Le cépage principal est le pinot blanc. Mais peuvent aussi servir à l’élaboration du crémant le riesling, le pinot gris, le chardonnay, le pinot noir, seul cépage pouvant entrer dans l’élaboration de crémants rosés, et l’auxerrois.

Le crémant d’Alsace, comme tout vin pétillant, n’est pas toujours millésimé, ce qui signifie que sa production n’est pas entièrement dépendante d’une récolte annuelle. En termes de volumes de production, elle s’établit, en moyenne, dans les années 2010, à environ 250000 hectolitres.

Élaboration et caractère

Les raisins destinés à la production de crémant d’Alsace sont vendangés plusieurs jours avant ceux destinés aux vins tranquilles. La récolte s’effectue manuellement, l’usage de machines est interdit. Le choix d’une vendange précoce vise à la production de vins pétillants vifs et croquants.

La vinification se fait de la même façon qu’en Champagne mais, comme les viticulteurs de Champagne ont interdit aux autres régions d’utiliser le nom de méthode champenoise pour la production de vins pétillants, on parlera de méthode traditionnelle.

Après un processus de fermentation classique, la prise de mousse se fait dans la bouteille sous l’effet d’une seconde fermentation. Après vieillissement sur lattes d’une durée minimale de neuf mois, les bouteilles sont tournées chaque jour pour concentrer le dépôt sur le col.

Le dégorgement consiste à compenser l’évacuation du dépôt par une liqueur de dosage qui donnera au crémant son caractère brut, extra-brut ou demi-sec. Quand il est issu d’un assemblage, il n’y a pas de proportion de chaque cépage utilisé dans l’élaboration du crémant d’Alsace.

Son caractère peut donc être légèrement différent suivant ces proportions. Toutefois, en assemblage, en brut, le crémant d’Alsace présente une robe jaune clair, une mousse fine, un nez où dominent la pomme et la vanille. En bouche, il brille par sa rondeur et sa fraîcheur avec une belle finale longue.

C’est un vin facile à boire. Les crémants millésimés, issus de raisins vendangés sur une seule année, sont sur le même esprit, avec davantage de matière en bouche. Le crémant d’Alsace demi-sec présente un dosage en sucres plus important, de l’ordre de 32 grammes par litre, à moins de vivacité mais garde une bonne fraîcheur.

Les accords culinaires

Avec sa fine acidité, le crémant d’Alsace est un compagnon indispensable à l’apéritif pour stimuler les papilles. Sur les plats principaux, sa fine bulle et sa fraîcheur s’accordent parfaitement aux fruits de mer, huîtres et poissons crus.

Au fromage, le Brie et le camembert s’en accommodent très bien, tout comme les fromages de chèvre ou de brebis. Les crémants demi-sec s’inviteront plus facilement au dessert, sur un clafoutis, un crumble ou le très alsacien kouglof. Plus qu’une alternative au champagne, le crémant d’Alsace est un vrai vin pétillant de caractère et de qualité.