Appellation : Corse (vin de)

L’appellation Corse (ou vin de Corse), est un condensé d’histoire de la viticulture. Longue tradition, crises, déclin et renouveau, mauvaise réputation et changements radicaux dans l’approche de la production, laboratoire d’évolutions techniques, tout y passe.

Voici ce qu’il faut savoir sur une appellation qui en dit beaucoup sur le passé, écrit une nouvelle page au présent et présage l’avenir.

Des origines à aujourd’hui, un mouvement perpétuel

En Corse, la viticulture a débuté dès le VIème siècle avant notre ère avec l’arrivée des Grecs et a connu un développement plus intensif sous l’égide des Romains puis une nouvelle impulsion grâce aux ordres religieux au cours du Moyen Âge.

Les XVIIIème et XIXème siècles sont un âge d’or pour elle avec le développement du chemin de fer qui permet d’exporter les vins vers Paris via Sète. Comme ailleurs, la crise du phylloxera marque un coup d’arrêt. Le redémarrage se fait au début des années 1960 avec l’installation en Corse d’environ 17000 rapatriés d’Algérie, dont beaucoup se lancent dans la viticulture.

L’épicentre de ce renouveau est la plaine, le long de la façade maritime à l’est, qui s’étend de Bastia à Solenzara. Mais les cépages plantés sont des cépages productifs à forts rendements destinés à produire des vins de qualité médiocre et, dès les années 1970, ce choix se heurte aux nouvelles habitudes de consommation.

Cette nouvelle donne oblige les vignerons à revoir leurs pratiques. Le virage vers la qualité se concrétise par l’obtention de l’AOC Corse en 1976 et entraîne l’arrachage des deux tiers du vignoble et le remplacement des cépages productifs par d’anciennes variétés autochtones telles le nielluccio et le sciaccarello pour les vins rouges et rosés ou le vermentino pour les vins blancs.

Parallèlement, c’est sur les terroirs de l’appellation Corse qu’ont été effectuées, dans les années 1970, les premières expérimentations de vendanges à la machine. Aujourd’hui, les vignerons de l’appellation mettent en avant la recherche de la qualité avant tout. Une révolution culturelle.

Terroirs, cépages et conditions naturelles

L’appellation Corse est issue de vignes plantées en plaine, adossées aux arêtes rocheuses. Cette plaine, la seule de l’île, s’étend sur 80 kilomètres pour une superficie de 1500 hectares.

Les sols sont composés d’alluvions, de marnes sableuses, de tuf et de dépôts du quaternaire. Comme pour l’ensemble des vins de l’île, la situation du vignoble, entre mer et montagne, et l’influence de son climat méditerranéen tempéré a une grande importance.

Les vignes reçoivent un ensoleillement généreux, le gel est exceptionnel et la chaleur tempérée par l’influence marine et montagneuse.

Ces conditions permettent un bel épanouissement des cépages anciens, qui s’harmonisent avec les cépages complémentaires que sont le grenache, l’aléatico ou le cinsaut pour les rouges et rosés (qui représentent 90% de l’appellation), le gentile ou l’ugni blanc pour les vins blancs.

Les rendements autorisés sont de l’ordre de 50 à 55 hectolitres à l’hectare, voire 45 à 50 hectolitres à l’hectare pour les dénominations village Corse-Calvi, Corse-Figari ou Corse-Sartène, très loin des rendements à plus de 200 hectolitres à l’hectare avant la reprise en main du vignoble.

Vinification, typicité et accords en cuisine

Après vendange, effectuée de façon manuelle et mécanique, les raisins dédiés au vins rouges sont foulés, subissent une macération préfermentaire à froid durant trois jours, des remontages réguliers sur 6 semaines. L’élevage s’effectue en cuves béton ou barriques pour une durée de 5 mois.

Les cuves béton permettent de préserver la matière et le fruit de vins composés de 60% minimum de sciaccarello et de cépages complémentaires. Les raisins destinés au rosés sont la plupart du temps ramassés à la machine, pressurés directement et subissent une fermentation à froid.

L’élevage se fait en cuves inox sur lies pour une durée de cinq mois. Les blancs, à teneur minimale de 80% de vermentino sont récoltés à la machine ou à la main, subissent une macération pelliculaire au pressoir, une fermentation et un élevage en cuves inox sur lies de 5 mois.

Si le caractère des vins est sensiblement différent suivant l’assemblage, les rouges présentent généralement une robe rubis, un nez puissant avec la cerise en dominante, le cassis, des notes épicées et de tabac en bouche.

Les rosés ont une robe pâle, un nez intense où domine la framboise, une bouche sapide où s’expriment les fruits rouges et la poire pochée. Les blancs ont une robe cristalline à reflets verts, un nez puissant sur le pamplemousse, une bouche fraîche avec une salinité qui leur donne une belle longueur.

Les Corse rouge sont à servir sur un civet, une viande grillée ou un fromage de brebis. Les Corse rosé sont parfaits pour l’apéritif, les blancs accompagnent avantageusement un poisson en sauce ou un fromage de chèvre. Des vins de qualité et encore très abordables, à se procurer absolument.